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Infiltrer la frontière hispanique en quatre jours : mission possible !

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Par Valentina San Martin

Une arrivée réussie.

En l’espace de quelques jours, plus de 850 migrants africains sont parvenus à pénétrer l’enclave espagnole de Ceuta depuis le Maroc en forçant les grillages à la frontière. Et ce sur fond de tension entre Bruxelles et Rabat[1].

Lundi 20 février 2017 vers 3h30 du matin, près de 600 migrants subsahariens ont tenté d’entrer à Ceuta et «359 ont réussi», a indiqué la préfecture de l’enclave dans un communiqué[2].

Après avoir cassé les portes d’accès avec des cisailles et des marteaux, ils ont réussi à entrer en Europe. Ces faits s’étaient déjà produits «dans la même zone difficile à surveiller le 17 février 2017 : 498 migrants avaient réussi à passer au même endroit », a ajouté un porte-parole de la préfecture.

Différend Rabat-Bruxelles

Depuis que Rabat est en froid avec Bruxelles, le pays a menacé à demi-mot de relâcher le contrôle exercé sur les migrants qui, une fois sur le sol espagnol, peuvent demander l’asile et s’installer dans l’UE. En effet, un différend oppose le Maroc à l’EU concernant l’interprétation d’un accord de libre-échange sur les produits issus de l’agriculture et de la pêche. Dans un arbitrage rendu fin 2016, le Cour de justice européenne avait décidé que le Sahara occidental, ancienne colonie espagnole contrôlée par Rabat, n’était pas concernée par cet accord. Les opérations commerciales entre le Maroc et certains pays européens sont donc actuellement en sursis[3].

Le 6 février 2017, le ministère marocain de l’Agriculture avait prévenu que l’Europe s’exposait à un «véritable risque de reprise des flux migratoires»[4].

Les bonnes relations entre l’Espagne et le Maroc non altérées

Le chef du gouvernement espagnol, Mariano Rajoy, a toutefois estimé que le Maroc avait fait de son mieux pour contenir cette nouvelle vague de migrants. Après de longs périples, ils attendent par milliers au Maroc l’occasion de tenter de forcer le passage vers Ceuta et Melilla.

«Les  responsables des forces de sécurité marocaines ont fait tous les efforts possibles et je leur en suis reconnaissant», a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse à Malaga, sur la côte sud de l’Espagne. «Ce qui se passe, c’est qu’il y a des batailles qui ne sont pas faciles», a-t-il poursuivi, qualifiant de «magnifique» la collaboration avec le Maroc, et affirmant que les relations entre Rabat et Madrid n’avaient jamais été meilleures[5].

Et après ?

Dans la nuit, le média local El Faro de Ceuta a pu filmer des dizaines de jeunes Africains dans les rues de Ceuta. Ces derniers dansaient de joie ou embrassaient  le sol de l’enclave espagnole, en criant «merci Seigneur» ou «je suis en Europe!».

Selon Isabel Brasero, porte-parole de la Croix-Rouge à Ceuta, il n’y a pas eu de blessés graves parmi eux. «Nous avons transféré onze personnes à l’hôpital, huit avaient besoin de points de suture et trois devaient passer une radio», a-t-elle annoncé. Et selon la préfecture, deux gardes civils et un immigrant ont été soignés pour des blessures plus graves.

Le Centre de séjour temporaire pour les immigrants (CETI) déborde de candidats à l’asile: «nous avons environ 1 400 personnes au CETI, pour une capacité d’accueil de 512», a précisé le porte-parole de la préfecture.

Pour les abriter, cette dernière a demandé une armée de tentes et une cuisine de campagne, qui devaient être installées sur le parking d’un centre équestre voisin. L’ONG a également distribué à chacun un kit contenant des vêtements neufs, des chaussures et des couvertures alors que le temps était à la pluie et au vent.

Néanmoins, la suite pourrait s’annoncer plus compliquée. L’enclave de Ceuta constitue, avec celle de Melilla, la seule frontière terrestre entre le continent africain et l’Union européenne (UE). Et en ces temps difficiles où la droite nationaliste européenne monte en puissance, une surveillance plus sévère pourrait éventuellement voir le jour.

Alors que les périples migratoires s’apparentent à des trajets longs, dangereux et une arrivée compliquée, le débarquement de ce mois de février est plutôt étonnant. Des relations internationales intactes, aucun mort ni blessé grave, tout cela suivi de chants une fois arrivés en terre européenne : la traversée relève de l’exception. Mais qu’en est-il de la communauté internationale ? Ce débarquement soudain pourrait-il en effrayer quelques-uns au point en Europe? A voir. En attendant, la mission migratoire que certains souhaitent impossible, détient peut-être une faille, et elle se nomme Ceuta.

[1] Revendiquée par le Maroc, l’enclave constitue, avec celle de Melilla, la seule frontière terrestre entre le continent africain et l’UE. Elle est un point de passage pour l’immigration clandestine venue d’Afrique noire et du Maghreb. Depuis le milieu des années 2000, elle est entourée par une double clôture grillagée de huit kilomètres de long.

[2] http://www.lanouvellerepublique.fr/France-Monde/Actualite/Politique/n/Contenus/Articles/2017/02/21/Ceuta-la-porte-forcee-de-l-Europe-3009374

[3] Lire d’avantage sur https://www.letemps.ch/monde/2017/02/20/pres-300-migrants-ont-force-frontiere-ceuta; http://www.huffpostmaghreb.com/2017/02/06/maroc-union-europeenne_n_14631432.html

[4] http://www.huffpostmaghreb.com/2017/02/06/maroc-union-europeenne_n_14631432.html

[5] https://www.lorientlejour.com/article/1036261/plus-de-850-clandestins-forcent-la-frontiere-de-ceuta-en-4-jours.html

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Réfugiés et migrants : Ouvrez les yeux !

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Source : National Geographic

Par Blanca Benitez, traduit par Lucie Cathelain.

La vague de réfugiés arrivant en Europe au cours de ces dernières années a préoccupé un grand nombre d’entre nous. Conférences sur le sujet, propositions politiques, nombreux articles de presse… Tout cela incite à réfléchir sur la façon dont nous pourrions améliorer la situation. Mais savons-nous vraiment ce qu’il se passe ? Que pouvons-nous faire pour gérer au mieux la situation ? Deux histoires vraies de personnes ayant souffert de la guerre, de la pauvreté et du racisme permettront d’aborder le thème de l’immigration sous un autre angle. Lire la suite »

Calais : épilogue d’une « jungle » indomptée

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Par Sylvia Revello

« Camp de lande » devenu « jungle », le camp de réfugiés de Calais a récemment acquis le statut de « premier bidonville de France ». En mars, les autorités françaises ont entrepris son démantèlement. Large de plusieurs centaines d’hectares, le terrain situé aux abords du tunnel sous la Manche abrite entre 3500 et 6000 migrants provenant principalement de Syrie, d’Afghanistan, du Soudan ou d’Erythrée. Bulldozers et policiers antiémeutes s’appliquent ainsi à détruire baraquements, tentes et autres abris de fortunes situés dans la partie sud du camp, occupée jusqu’ici par plus de 1000 personnes. Après la tension des premiers jours, marqués par des heurts entre migrants, militants anti-frontières et forces de l’ordre, l’évacuation se poursuit dans un calme apparent. Alors que les flammes consument lentement les murs de tôles et de bois, d’aucuns dénoncent toutefois un épilogue amer qui ne résout en rien la crise migratoire. Lire la suite »

Quels changements dans les relations entre la Grande-Bretagne et l’UE?

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Par Frederick Brock, traduit par Aymeric Jacquier et Joris Bervoet

Le contexte

Selon un sondage récent mené par ORB International, 52 % des Britanniques sont pour un retrait de l’Union européenne. Ce chiffre varie au fil des mois puisque le camp du maintien a constamment fait course en tête de juin à septembre contre un soutien de 48 % actuellement. Alors que l’écart est serré dans la dernière ligne droite et qu’un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE se profile à l’horizon 2017, il semble étonnant que la presse d’Europe continentale ne se penche pas davantage sur la situation. Les répercussions politiques du « Brexit », à savoir une sortie des Britanniques, pourraient même être bien plus importantes pour l’avenir de l’Europe que la crise migratoire. Lire la suite »

Migrations : des gagnants et des perdants

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par Larissa Spescha, traduit par Sarah Giavazzi

 

http://www.emergingmarkets.org/Article/2844077/Africa-must-avoid-repeating-commodity-boom-mistakes.html

De nos jours, les migrations sont un thème largement débattu dans les médias. Le sujet est devenu encore plus brûlant depuis que les Suisses ont accepté, le 9 février 2014, l’initiative populaire « contre l’immigration de masse », qui prévoit l’établissement de quotas pour les ressortissants étrangers. Cette volonté de limiter le nombre d’immigrés montre l’actualité de la question des migrations.

Cependant, quels sont exactement les effets des migrations ? Sont-il plutôt bénéfiques ou représentent-ils un inconvénient pour un pays ? Sir Paul Collier, professeur à l’Université d’Oxford, analyse les conséquences des migrations sur les pays, en particulier sur ceux en développement. Il a fait part de son point de vue à l’occasion d’une conférence intitulée « Migration : des gagnants et des perdants », organisée par l’Institut de Hautes Etudes Internationales et du Développement (IHEID) à Genève le 29 avril 2014. Lire la suite »