AYSOR, le forum pour l’innovation sociale en Arménie.

Publié le

16825944_1563894123639951_1821921972559238744_o

Par Nataliya Borys

Traduction par Berta Rubio Blanes

Du 3 au 6 février 2017, la ville d’Erevan est devenue une plaque tournante d’idées novatrices qui, propulsée dans l’air, propageait la créativité et l’esprit du PEJ[1]. AYSOR4Innovation NSC du PEJ Arménie a rassemblé 120 participants locaux et internationaux sous le thème de l’entrepreneuriat social et de l’innovation. « De nouvelles idées, des initiatives de projets, des centaines de nouveaux amis et beaucoup plus », ont affirmé les organisateurs. Cela semblait tellement impressionnant et innovant que j’ai décidé de postuler.

 16602040_1556350981060932_5373535409148574868_o

Comme j’avais déjà participé au PEJ Arménie, je savais que c’est bien organisé, les débats sont intéressants et les délégués internationaux ont le temps de profiter de la ville pour se sentir comme à la maison ! J’étais également curieuse de savoir plus sur l’innovation sociale en Arménie et sur la façon dont les organisateurs allaient gérer le thème. Ce sujet n’est pas évident pour les pays occidentaux, alors comment une ONG arménienne pourrait-elle s’en occuper ? Comment faire pour que la jeunesse arménienne adhère à l’innovation sociale ? Quelles sont leurs connaissances sur l’innovation sociale et l’entrepreneuriat ?

 16826021_1563888923640471_6150643321392965161_o

Le forum AYSOR avait les mêmes parties qu’une session du PEJ classique, ce qui comprend des résolutions, du teambuilding et une assemblée générale avec un système de votation. De plus, les participants devaient présenter ce qui est considéré la base du projet d’entrepreneuriat social : une start-up. Cela était la principale difficulté de la session AYSOR. La start-up devait avoir un nom, un logo, des valeurs et un plan d’affaires. De plus, les participants devaient réfléchir à l’innovation sociale, la durabilité et le financement du projet. Des projets aussi ambitieux pour les jeunes participants arméniens !

 16427804_1548343778528319_439988705499416116_n

Comme l’ont insisté les organisateurs, l’idée principale était de réutiliser des choses existantes pour les rendre plus durables et socialement responsables. Comme la fondatrice du PEJ Arménie, Suzanna Shamakhyan a très bien dit « nous avons magnifié le concept de nouveau : l’innovation parfois obscurcit ce qui est vieux et, pourtant, l’innovation signifie utiliser ce qui est vieux d’une manière nouvelle, plus durable, en provoquant un impact à long terme. Caroline Steiner, une déléguée dans de la UE pour Arménie, qui participait au forum, a réitéré qu’elle « voit l’Arménie comme un pays très novateur : il a un grand potentiel technologique et innovant pour obtenir encore plus ». La question est, donc, réutiliser ou créer un nouveau projet ? Comment les participants ont-t-ils mené le sujet ? Quelles idées innovantes et originales pouvaient-ils apporter ?

 16729414_1557173337645363_5498221690159140636_n

Je dois avouer que les sujets à traiter étaient assez complexes et exigeants. Par exemple, comment faire face au défi de créer un environnement plus favorable pour le développement et l’extension des start-ups en Europe ? Il est tout à fait un sujet compliqué et interdisciplinaire, car les participants devaient être informés de l’environnement politique, juridique et économique de l’UE. Dans mon comité, le sujet était d’assurer la protection des dénonciateurs dans l’UE tout en maintenant simultanément la protection des informations sensibles (whistleblowing en anglais). Dénoncer… quoi ? Que savez-vous sur les dénonciateurs ? J’ai honte d’admettre que c’était la première fois que j’entendais ce mot. En Suisse les banques et les établissements financiers sont régulièrement secoués par des scandales de dénonciation ; c’est un sujet complexe qui comprend de nombreux aspects du problème. C’est un sujet compliqué même pour des spécialistes expérimentés dans les affaires européennes, donc il l’est encore plus pour des étudiants.

 16716013_1562727110423319_6560143631077609998_o

Toutefois, les participants arméniens m’ont surpris avec leurs idées, leur capacité de penser et agir rapidement et leur créativité. Ils avaient si peu de temps pour réfléchir, pour trouver un logo et faire un projet d’entreprise. Ce genre de projets ont besoin de beaucoup de temps, certaines start-ups réelles prennent des mois à être mises en place, alors qu’à Erevan des jeunes arméniens sans expérience ont fait un miracle grâce à leur grande concentration.

 16722823_1563904113638952_7174538601135125695_o

Dans ma comité appelé « affaires juridiques », les débats ont été intenses ! Nous avons essayé d’utiliser la gestion du temps à la manière suisse; un petit jouet, une boite à meuhà arreter les échanges, mais il était difficile de mettre fin aux débats ;). Après une profonde réflexion, nous avons accepté l’idée d’Elizabeth, qui avait imaginé tout un projet appelé « Pen&Paper », « le droit d’écrire ». Ce projet est novateur pour l’Arménie car il s’occupe des problèmes culturels et économiques complexes comme la corruption et les plaintes. Comme les participants m’ont expliqué, il n’est pas dans la culture arménienne de signaler les cas de corruption ou d’en informer un responsable. Souvent, ces comportements sont vus avec de la honte. Par ailleurs, la population ne fait pas confiance à la hiérarchie ou au gouvernement pour résoudre un problème, encore moins à la police. Le projet consiste en une plateforme en ligne, où les employés d’une organisation peuvent signaler de façon anonyme n’importe quel cas de mauvaise gestion, corruption, illégalité ou malversation. D’un côté le problème culturel de la « dénonciation » est résolu, car la procédure est anonyme. Ça suffit d’avoir honte pour dénoncer un supérieur ou un problème de corruption ! D’un autre côté, ce projet prévoit un canal sécurisé pour le rapporter ensuite à la police. Si aucune mesure n’est prise, cette plainte arriverait à la police avec la conséquente obligation légale de procéder à une enquête.

 d181d0bad180d0b8d0bdd188d0bed182-13-02-2017-193345-bmp

La véritable nouveauté provenait du comité FEMM, le comité sur les droits des femmes et l’égalité des sexes. Ils avaient la tâche difficile de s’occuper du problème de la présence des femmes dans les domaines des sciences, technologie, ingénierie et mathématiques (domaines STEM en anglais), où les femmes représentent seulement le 13 % du personnel de travail. Comment pourraient-ils assurer l’égalité des sexes au sein du programme Horizon 2020 et dans les domaines STEM ? Traditionnellement, le comité FEMM ne parvient pas à adopter des résolutions. Cependant cette fois-ci le sujet semblait être moins politique et subjectif, ce qui n’a pas évité les discussions intenses et les débats passionnés. Le comité a proposé la promotion des quotas de genre « soft » (vivement débattues), la protection juridique, ainsi que une plateforme en ligne pour la discrimination au milieu de travail. Rien de choquant ou remarquable, mais ces mesures ont été fortement contestées.

 16836032_1563907223638641_5435433804344868304_o

Ce comité a préparé un projet assez conservateur, du point de vue des normes européennes, sur les femmes faisant de la cuisine maison, appelée la « Femme dans la cuisine ». L’idée principale était de faire participer les femmes au foyer dans le projet en les faisant cuisiner des plats maison, faits exclusivement à partir des ingrédients locaux et biologiques, lesquels étaient vendus après dans des lunch-boxes. Ainsi, les femmes en charge d’enfants ou de personnes âgées peuvent également travailler et recevoir un salaire. Certains participants ont protesté que le rôle des femmes n’est pas d’être dans la cuisine. Oui, je suis d’accord, mais à mon avis, c’est toujours mieux pour les femmes de travailler et d’avoir leurs propres revenus que de rester enfermées à la maison. Ce projet n’est probablement pas un projet parfait pour l’émancipation des femmes, mais il permet aux femmes de combiner le travail et s’occuper d’enfants de bas âge avec une sorte d’émancipation. Donc, je ne peux qu’encourager ce projet. Et devinez quoi ? Un miracle s’est produit ! La résolution et le projet ont été adoptés. Adoptés ! D’accord, ce n’était pas une victoire écrasante, mais un grand pas vis-à-vis les discussions.

 16826050_1563895680306462_6042798291517832826_o

Une autre nouveauté pour l’Arménie a été le projet (2 projets !) lié au recyclage des déchets. Ces projets offraient des moyens novateurs pour recycler les déchets afin d’améliorer la situation environnementale du pays, ainsi que d’ouvrir des possibilités d’emploi aux chômeurs. Une des comités a même proposé de donner cette opportunité aux réfugiés pour qu’ils travaillent dans le tri de déchets. Travailler dans le recyclage des ordures semble être un problème culturel dans le pays. Est-il honteux de recycler ses propres déchets ?

 16825944_1563894123639951_1821921972559238744_o

En conclusion, je peux dire que le forum AYSOR a été très intense mais productive en termes d’idées et de conclusions. Il ne s’agit pas seulement de quelques idées et résolutions abstraites sur l’Europe – je comprends que, d’une certaine manière, le débat peut être difficile si l’on n’a jamais été en Europe. Cependant, les participants avaient des connaissances solides sur la structure et la législation européennes. De plus, ils ont proposé des projets concrets, conçus pour l’Arménie, qui incluent la population socialement exclue et font face aux problèmes urgents de la société arménienne : la corruption, les droits des femmes, l’éducation et la gestion des déchets. J’ai été vraiment impressionnée. Il a été aussi encourageant de voir les jeunes Arméniens participer pleinement aux débats, en montrant sa croyance en Europe et ses valeurs. Dans une époque d’eurosceptisme en Europe, l’énergie arménienne et sa confiance en Europe est très rafraîchissante et gratifiante. J’espère que cette expérience sera bénéfique pour tous les participants et que nous deviendront tous des citoyens actifs qu’un jour (qui sait ?) changeront quelques choses dans ce monde, et contribueront dans chaque société pour la faire plus juste et socialement responsable. Je remercie au forum AYSOR et au PEJ Arménie pour donner l’opportunité aux jeunes d’initier ce chemin.

 

[1] Le Parlément Européen des Jeunes

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s