Quels changements dans les relations entre la Grande-Bretagne et l’UE?

Publié le Mis à jour le

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Par Frederick Brock, traduit par Aymeric Jacquier et Joris Bervoet

Le contexte

Selon un sondage récent mené par ORB International, 52 % des Britanniques sont pour un retrait de l’Union européenne. Ce chiffre varie au fil des mois puisque le camp du maintien a constamment fait course en tête de juin à septembre contre un soutien de 48 % actuellement. Alors que l’écart est serré dans la dernière ligne droite et qu’un référendum sur le maintien ou non du Royaume-Uni dans l’UE se profile à l’horizon 2017, il semble étonnant que la presse d’Europe continentale ne se penche pas davantage sur la situation. Les répercussions politiques du « Brexit », à savoir une sortie des Britanniques, pourraient même être bien plus importantes pour l’avenir de l’Europe que la crise migratoire.

Alors comment en sommes-nous parvenus à un tel point ? Cet article tentera brièvement d’examiner en quoi le climat est propice à la sécession. Il étudiera et analysera ensuite les retombées que le gouvernement britannique espère, les motifs de la tournée de David Cameron dans les capitales européennes et la probabilité d’une réforme dans ce contexte politique si complexe.

Un climat propice à la sécession

Les indices d’un malaise vis-à-vis de l’Union ne sont pas l’apanage du Royaume-Uni. L’incapacité apparente de l’UE à faire face efficacement à des problématiques telles que la crise de la zone euro, la crise migratoire et l’essor du populisme a nui à sa crédibilité au sein des États membres.

Les désaccords économiques ont mis en évidence les divisions. Les Grecs ont provoqué des émeutes dans les rues d’Athènes lorsqu’on leur a imposé des coupes drastiques. Les États membres endettés du sud de l’Europe clament leur colère contre la gestion par l’UE de la crise de la zone euro dans un discours mêlé de piques grossières adressées à la chancelière allemande.

La crise des réfugiés a exercé une pression sans précédent sur les institutions et les gouvernements européens. Les États membres d’Europe de l’Est, tels que la Pologne, la Hongrie et la Slovaquie, ont fait clairement comprendre qu’ils refusaient de prendre en charge des réfugiés. Le plan phare de l’UE pour la répartition des migrants est remis en question. En effet, la Slovaquie a déposé plainte contre la Commission européenne pour éviter de devoir accueillir des réfugiés tandis que la Hongrie construit des clôtures illégales pour décourager les personnes qui fuient la Syrie de franchir ses frontières. Par conséquent, un bloc de neuf pays emmené par l’Allemagne et la Suède prend les devants en acceptant, à sa propre initiative, une plus grande part de demandeurs d’asile que les autres États.

L’espace Schengen a été mis à l’épreuve avec cette crise migratoire. Les partis politiques populistes l’ont dénoncé et il a été examiné de plus en plus attentivement après les attentats terroristes à Paris. Ajoutez à cela des frontières qui jaillissent subitement à travers l’Europe : l’avenir des accords de Schengen semble alors incertain.

La construction politique européenne ne s’est jamais retrouvée aussi ébranlée, voire fragilisée depuis des décennies. Les appels des Britanniques à une renégociation du traité ne pouvaient pas tomber plus mal.

Renégociation et référendum

David Cameron va tenter de renégocier la relation entre le Royaume-Uni et l’UE. Au terme des tractations, en cours pour le moment, il lui appartiendra d’évaluer dans quelle mesure ses revendications ont été prises en compte. Après avoir annoncé les résultats des pourparlers aux citoyens britanniques, ceux-ci se baseront sur ses réussites, ou ses échecs, lorsqu’ils se présenteront aux urnes, à l’occasion d’un référendum sur l’adhésion à l’UE.

Au cours des derniers mois, David Cameron a fait le tour de l’Europe pour supplier, flatter ou faire peur à ses homologues afin qu’ils réfléchissent à ses réformes. Même s’il arrive à un moment où les chefs d’État européens ont d’autres priorités, ses arguments en faveur d’un changement ne peuvent être ignorés. La Suède a déjà exprimé son inquiétude sur la possibilité d’une sortie des Britanniques de l’Union. Elle craint qu’un éventuel « Brexit » ne crée un déséquilibre politique entre les États du nord de l’Europe et d’autres groupes au sein de l’UE, et n’entraîne une perte d’influence des partenaires traditionnels de la Grande-Bretagne. Les dirigeants politiques allemands et français caressent les Britanniques dans le sens du poil afin qu’ils restent acteurs du projet européen. À l’échelle locale, les citoyens d’outre-Manche sont actuellement soumis à une campagne de plus en plus virulente sur les risques et les avantages de quitter l’UE ou d’en rester membre. Les institutions financières, la CBI (une organisation patronale influente) et les agences de notation comme Standard & Poor’s ont toutes prévenu des dangers d’un départ.

Ainsi, alors que les enjeux sont si nombreux au niveau national et international, économique et politique, voire personnel, qu’est-ce que le Premier Ministre espère obtenir ?

 

Les propositions de réforme de David Cameron

 

Voici un tour d’horizon de chacune des propositions, en bref :

Proposition 1 : protection du marché unique pour la Grande-Bretagne et les autres pays situés hors de la zone euro

On craint que le Royaume-Uni ne devienne une nation de second rang au sein de l’UE, qu’elle soit écartée des discussions et qu’elle détienne moins d’influence en raison de son absence de la zone euro. David Cameron cherche des solutions juridiques pour éviter que ce scénario se produise.

Proposition 2 : augmenter la compétitivité en fixant un objectif d’allègement de la « charge » bureaucratique

Autrement dit, abroger les réglementations et les directives qui entravent le commerce. Le gouvernement britannique s’oppose fréquemment à des motions en faveur de nouvelles réglementations votées par le Parlement européen et la Commission. Par exemple, Londres est contre des normes plus strictes en matière de pollution de l’air.

Proposition 3 : écarter la Grande-Bretagne d’« une union toujours plus étroite » et renforcer les parlements nationaux

La troisième proposition est étrange. Étrange parce que la notion d’« union toujours plus étroite » n’est en tout état de cause pas juridiquement contraignante. Cette expression est utilisée dans le traité de Rome mais elle ne représente pas une obligation légale, donc le Royaume-Uni n’a, en pratique, aucune action à mener pour la mettre en œuvre. Il s’agit plutôt de décrisper le public et les eurosceptiques du parti au pouvoir que de créer un impact réel.

Proposition 4 : limiter l’accès pour les migrants intra-européens aux prestations liées à l’emploi telles que les crédits d’impôt

Voici la proposition la plus litigieuse. Son but est en substance de permettre une discrimination directe entre les différents groupes de citoyens européens. Par exemple, un Polonais pourrait alors travailler aux côtés d’un Britannique, faire le même travail mais recevoir moins puisqu’il se verrait privé de l’accès à l’aide sociale.

Chances de réussite

À ce propos, les opinions diffèrent selon les sources. Tout le monde s’accorde à dire que les deux premières propositions sont parfaitement réalisables, étant donné qu’elles pourraient être appuyées quoi qu’il en soit par le Royaume-Uni, grâce à ses représentants à la Commission, au Parlement et au Conseil européens. La troisième proposition est plus contestable, mais une déclaration symbolique de « retrait » reste possible. Concernant les trois premières réformes, d’aucuns ont affirmé que « David Cameron les fera aboutir – car elles ne changeront rien ».

Néanmoins, la dernière proposition est moins susceptible de se réaliser. Le principe de non-discrimination entre les citoyens européens est fondamental pour l’UE. Par conséquent, le Premier Ministre britannique devrait vraisemblablement repartir les mains vides ou se contenter d’une concession symbolique.

Au vu de changements recherchés si minimes, les critiques demeurent divisées : manœuvre politique sans réel intérêt ou plan véritablement ambitieux pour réformer l’UE ? Personne ne semble en mesure de répondre. David Cameron lui-même ne sait sans doute pas ce qu’il veut et ne souhaite ni forcer ses ministres à voter pour ou contre, ni s’engager lui-même dans une direction ou dans l’autre.

Le Brexit représente aujourd’hui un danger réel à l’équilibre politique de l’Union. Les milliards dépensés pour sauver la Grèce ne seraient qu’une goutte d’eau en comparaison de l’impact sur l’UE que pourrait avoir la sortie de la 5ème économie mondiale. L’incertitude est profonde, et les voix politiques discordantes se font entendre de plus belle. Des deux côtés, les exagérations vont bon train : 2016 se dessine peu à peu comme une année charnière pour notre Union européenne.

 

Crédit photo: <a href= »http://www.flickr.com/photos/49707497@N06/12974587273″>PM at European Council</a> via <a href= »http://photopin.com »>photopin</a&gt; <a href= »https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/2.0/ »>(license)</a&gt;

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